Un jour, on a l'impression d'aller mieux. Le lendemain, une chanson, une odeur ou une date suffit à faire revenir la tristesse. Ces variations ne signifient pas que l'on revient en arrière. Elles font partie du processus de deuil. Lorsque l'on traverse un deuil, on aimerait parfois pouvoir mesurer ses progrès. Se dire qu'au fil des semaines, la douleur devrait diminuer progressivement, jusqu'à disparaître. Mais le deuil fonctionne rarement de cette manière : il ressemble davantage à un chemin fait d'avancées, de détours, de pauses et parfois même de retours en arrière apparents.
C'est l'une des expériences qui déstabilisent le plus les personnes endeuillées. On peut passer une journée relativement sereine, rire avec quelqu'un, travailler normalement, avoir même le sentiment que l'on commence à "aller mieux". Puis, le lendemain, une émotion très forte peut surgir. Une photographie, une chanson, une odeur, un lieu, une date anniversaire, une phrase prononcée par quelqu'un. Et soudain, la personne disparue semble à nouveau terriblement absente. Cela peut donner l'impression d'avoir fait un pas en arrière. Pourtant, ce n'est pas nécessairement le cas.
Le deuil n'est pas une maladie dont les symptômes diminueraient mécaniquement avec le temps. Notre cerveau continue à intégrer progressivement la réalité de l'absence, tandis que notre vie quotidienne nous confronte à de nouvelles situations. Au début, certaines personnes peuvent être dans une forme de sidération ou fonctionner presque en pilote automatique. Puis les émotions deviennent plus présentes. À d'autres moments, nous pouvons avoir besoin de nous concentrer sur notre travail, nos enfants, les démarches administratives ou simplement sur les nécessités du quotidien. Il peut alors y avoir des périodes où le chagrin semble moins présent., puis il revient. Ce mouvement entre présence et retrait des émotions est profondément humain.
Certaines réactions peuvent apparaître plusieurs mois, voire plusieurs années après le décès. Une chanson entendue par hasard peut nous bouleverser, une fête familiale peut rappeler une absence, un anniversaire peut faire ressurgir des souvenirs. La naissance d'un enfant, un mariage, un déménagement ou un changement important dans notre vie peuvent également nous faire penser à la personne qui aurait aimé être présente. Cela ne signifie pas que le deuil "recommence". C'est plutôt une nouvelle situation qui vient rencontrer une histoire ancienne. Nous découvrons parfois la personne disparue sous un angle différent parce que nous-mêmes avons changé.
Une idée peut également rendre le deuil particulièrement culpabilisant : "Si je recommence à être heureux, est-ce que cela signifie que je l'oublie ?" La réponse est non. Le retour du plaisir, du rire ou de projets personnels n'efface pas l'amour porté à la personne disparue. Il est possible de rire et d'avoir encore mal. De profiter d'une journée et de ressentir le manque le soir. De construire de nouveaux projets tout en conservant une place pour celui ou celle qui n'est plus là. Les émotions peuvent coexister. Le deuil n'exige pas que nous choisissions entre continuer à vivre et continuer à aimer.
Deux personnes peuvent perdre un proche dans des circonstances similaires et vivre leur deuil de manière complètement différente. Certaines auront besoin de parler beaucoup, d'autres préféreront rester seules. Certaines ressentiront rapidement une grande tristesse, d'autres pourront sembler aller relativement bien avant que les émotions ne deviennent plus présentes. La relation avec la personne décédée, les circonstances du décès, les expériences antérieures, l'environnement familial et social, la personnalité et de nombreux autres facteurs peuvent influencer la manière dont chacun traverse cette période. Il n'existe donc pas de durée "normale" du deuil ni de façon unique de le vivre.
Plutôt que de se demander : "Est-ce que je vais mieux qu'il y a trois mois ?", il peut parfois être plus aidant de se demander : "De quoi ai-je besoin aujourd'hui ?". Parfois, nous avons besoin de parler ; parfois, de nous distraire ; parfois, de pleurer. Parfois, simplement de continuer notre journée sans analyser ce que nous ressentons. Le deuil n'est pas une compétition et il n'y a pas de ligne d'arrivée à franchir. Avec le temps, la douleur peut évoluer, changer de forme, laisser davantage de place à d'autres émotions. Mais cela ne signifie pas que chaque journée sera nécessairement plus facile que la précédente.
Il peut être utile d'imaginer le deuil non pas comme une ligne qui descend progressivement, mais plutôt comme une succession de vagues : certaines sont petites, d'autres nous surprennent par leur intensité. Et parfois, entre deux vagues, la mer semble presque calme. Le calme n'efface pas les vagues précédentes. Et lorsqu'une nouvelle vague arrive, elle n'annule pas les progrès réalisés auparavant. Vous pouvez aller mieux et être triste. Vous pouvez rire et ressentir le manque. Vous pouvez avancer sans laisser votre proche derrière vous. Le deuil n'est pas une ligne droite : c'est un chemin profondément personnel, fait de mouvements, de souvenirs, d'adaptations et de transformations. Parfois, avancer signifie simplement accepter que certains jours seront plus difficiles que d'autres, sans considérer ces jours difficiles comme un échec.