Lorsqu'un enfant perd quelqu'un qu'il aime, les adultes qui l'entourent cherchent naturellement à comprendre ce qu'il ressent. Est-il triste ? Est-ce qu'il réalise ce qui s'est passé ? Pourquoi joue-t-il alors qu'il vient de perdre son grand-père ? Pourquoi pose-t-il sans cesse les mêmes questions ?
Pourquoi semble-t-il aller bien certains jours et être très difficile à vivre le lendemain ? Ces réactions peuvent parfois dérouter.
Pourtant, un enfant ne vit pas nécessairement son deuil comme un adulte. Et ce qui peut nous sembler contradictoire ou surprenant est parfois simplement sa manière de composer avec une réalité qu'il ne peut pas encore appréhender comme nous.
Oui, et c'est probablement l'une des choses qui déstabilisent le plus les adultes. Un enfant peut pleurer après avoir appris un décès, chercher du réconfort auprès d'un parent, puis quelques minutes plus tard demander s'il peut aller jouer. Il peut sembler profondément triste le matin et rire avec ses copains l'après-midi. Chez les jeunes enfants en particulier, le deuil peut être vécu par intermittence : ils passent d'une émotion intense à une activité ordinaire, puis reviennent plus tard à leur chagrin. Child Bereavement UK (une organisation du Royaume-Uni qui accompagne les enfants lors de deuils) utilise l'image d'un enfant qui "saute dans et hors" de son chagrin, comme s'il entrait et sortait d'une flaque. Cela ne signifie pas qu'il a oublié, ni qu'il n'aimait pas la personne décédée, et cela ne signifie certainement pas qu'il "fait semblant". Le jeu peut justement lui permettre de reprendre momentanément contact avec quelque chose de familier et de sécurisant.
Face à l'annonce d'un décès, un enfant peut pleurer, mais il peut aussi rester silencieux, sembler indifférent, poser une question très pratique, ou même rire nerveusement. Cette absence apparente de réaction ne signifie pas nécessairement qu'il n'a pas compris ou qu'il ne ressent rien. Il peut simplement avoir besoin de temps pour intégrer l'information. Certains enfants reviennent d'ailleurs plus tard avec des questions ou des réactions qui n'étaient pas apparues au moment de l'annonce. Il n'est donc pas nécessaire de chercher immédiatement à provoquer une réaction émotionnelle. On peut simplement rester disponible, en lui disant : "Tu peux venir me parler quand tu veux. Si tu as des questions, tu peux me les poser."
Un enfant peut demander plusieurs fois : "Il est vraiment mort ?", puis : "Mais il ne reviendra jamais ?", puis, quelques heures plus tard : "Il est où maintenant ?". Pour un adulte, ces répétitions peuvent sembler étranges. Pour l'enfant, elles peuvent être une manière de construire progressivement sa compréhension de la mort. Il n'intègre pas nécessairement toute la réalité en une seule fois. Il peut avoir besoin de réentendre les mêmes informations, avec des mots simples et adaptés à son âge. C'est pourquoi il est préférable de répondre honnêtement, même lorsque la question a déjà été posée plusieurs fois.
Le chagrin ne ressemble pas toujours à des larmes. Chez certains enfants, le deuil peut se manifester par de l'irritabilité, des colères inhabituelles, davantage d'opposition, de l'agitation, un retrait, des difficultés à l'école, un besoin accru d'attention, de l'anxiété ou de l'insécurité. Les enfants expriment souvent leurs émotions davantage par leurs comportements que par leurs mots, notamment lorsqu'ils sont encore jeunes et disposent de peu de vocabulaire émotionnel. Derrière un "comportement difficile", il peut parfois y avoir une émotion que l'enfant ne sait pas encore nommer. Cela ne signifie pas qu'il faut tout accepter sous prétexte qu'il est endeuillé. Les limites et le cadre restent importants, mais il peut être utile de se demander : "Que cherche-t-il peut-être à exprimer derrière ce comportement ?"
Après un décès, certains enfants deviennent particulièrement inquiets pour les personnes qui leur sont proches. Un parent qui part travailler peut devenir une source d'angoisse, une absence inhabituelle peut provoquer une inquiétude importante. L'enfant peut demander régulièrement : "Tu vas mourir toi aussi ?". Cette peur est compréhensible : la mort vient soudainement d'entrer dans son univers, et il peut découvrir qu'elle n'est pas seulement quelque chose qui arrive aux autres. Il peut alors avoir besoin d'être rassuré, écouté et accompagné dans ses questions, sans lui promettre quelque chose que personne ne peut garantir.
Certains enfants peuvent se demander s'ils ont, d'une manière ou d'une autre, provoqué le décès : une dispute, une parole, une pensée, un comportement dont ils ont honte. La pensée magique, particulièrement présente chez les jeunes enfants, peut rendre ce type de culpabilité difficile à comprendre pour un adulte. Il est donc important de laisser une place aux questions et de vérifier ce que l'enfant croit réellement. Parfois, une simple phrase peut être essentielle : "Tu n'es pas responsable de sa mort."
Le deuil peut également s'exprimer sur le plan physique ou dans les habitudes quotidiennes. Certains enfants peuvent présenter temporairement des troubles du sommeil, une modification de l'appétit, davantage de fatigue, des plaintes physiques, des difficultés de concentration. Il faut toutefois éviter de considérer automatiquement tout changement comme une conséquence du deuil. C'est l'évolution globale de l'enfant qui doit être observée, notamment lorsque les difficultés persistent ou prennent une place importante dans sa vie quotidienne. Les ressources spécialisées recommandent d'être attentif aux changements de comportement et aux réactions préoccupantes ou durables.
Un enfant ne dira pas forcément : "Je suis en train d'élaborer mon expérience de la perte". Il va peut-être dessiner, jouer, poser ses figurines autour d'un cercueil, faire semblant qu'un personnage meurt puis revient, écrire une histoire, ou simplement raconter quelque chose qui semble n'avoir aucun rapport. Ces formes d'expression peuvent constituer des moyens pour lui de mettre en scène ce qu'il ne sait pas encore expliquer avec des mots. L'important est de ne pas interpréter automatiquement chaque jeu ou chaque dessin. On peut simplement être curieux : "Tu veux me raconter ton dessin ?" ou "Qu'est-ce qui se passe dans ton histoire ?". Et laisser l'enfant nous expliquer ce qu'il y met.
C'est la chose la plus importante à retenir. Un enfant peut pleurer beaucoup, un autre presque jamais. L'un peut avoir besoin de parler, l'autre peut préférer jouer. Un enfant peut vouloir regarder des photos du défunt, tandis qu'un autre ne supportera pas de les voir pendant quelque temps. Deux frères et sœurs ayant perdu la même personne peuvent réagir de manière complètement différente. Les spécialistes du deuil de l'enfant insistent justement sur cette individualité des réactions. Il n'y a donc pas de comportement qui permettrait, à lui seul, de mesurer l'intensité de l'amour ou de la souffrance d'un enfant.
Plus que de chercher à obtenir une réaction particulière, nous pouvons offrir à l'enfant trois choses essentielles :
Parler simplement de la mort, avec des mots clairs et adaptés à son âge. Éviter notamment les expressions ambiguës comme "il s'est endormi" ou "il est parti", qui peuvent créer de la confusion chez les jeunes enfants.
Être disponible, écouter, répondre aux questions, même lorsqu'elles reviennent, accepter les silences. Et montrer que les émotions ont le droit d'exister.
Conserver autant que possible les repères et les routines habituelles peut aider l'enfant à retrouver un sentiment de sécurité après un bouleversement.
Un enfant n'a pas besoin qu'on lui apprenne comment bien faire son deuil.
Il a besoin de savoir qu'il peut le vivre à sa manière, qu'il peut poser ses questions, exprimer ses émotions, changer d'avis, jouer, rire, pleurer… et revenir parler de la personne disparue quand il en ressent le besoin. Parce que le deuil d'un enfant n'est pas un processus linéaire.
C'est un chemin qui évolue avec lui, au rythme de sa compréhension et de son développement.
À retenir : les réactions au deuil sont très variables d'un enfant à l'autre. Si vous êtes inquiet face à un changement important, durable ou particulièrement intense chez votre enfant, n'hésitez pas à en parler à un professionnel de santé ou à un professionnel spécialisé dans l'accompagnement du deuil de l'enfant.